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title: "Les consommateurs américains surmontent les chocs tarifaires et l’inflation post-pandémique aux États-Unis; résilience des dépenses à l’échelle nationale"
sdDatePublished: "2026-04-29T16:07:00Z"
source: "https://www.lombardodier.com/fr/insights/2026/april/the-us-consumer.html"
topics:
  - name: "financial service"
    identifier: "medtop:20001370"
locations:
  - "United States"
  - "China"
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Les consommateurs américains surmontent les chocs tarifaires et l’inflation post-pandémique aux États-Unis; résilience des dépenses à l’échelle nationale

La consommation américaine à l’épreuve de chocs de prix successifs | Lombard Odier

Le consommateur américain a encore de l’essence dans son réservoir

La perception répandue d'une économie américaine en forme de K, profondément inégalitaire, surestime le rôle des ménages les plus aisés. Des données élargies suggèrent que la croissance de la consommation a été répartie de manière plus uniforme entre les différentes catégories de revenus

Elles remettent ainsi en cause l'idée selon laquelle l'économie américaine est devenue beaucoup plus vulnérable à un repli des marchés boursiers

Les consommateurs américains ont surmonté le choc tarifaire et la flambée inflationniste post-pandémique ; cette dernière a contribué à redistribuer une partie de la richesse des épargnants vers les ménages fortement endettés

La hausse des prix de l'énergie nous a incités à revoir à la baisse nos projections de croissance américaine pour 2026 à 1,9%. Toutefois, en l'absence de détérioration majeure du marché de l’emploi, nous tablons sur une conjoncture toujours résiliente, qui conforte notre biais pro-risque modéré au sein des portefeuilles.

Les consommateurs américains subissent actuellement leur troisième choc inflationniste en l’espace de quelques années, le prix moyen de l'essence dépassant USD 4 le gallon. Compte tenu de l'importance de la consommation américaine pour l'économie mondiale, nous en analysons les fondements et identifions certains signaux de résilience.

Les consommateurs américains ont subi une succession de chocs inflationnistes postpandémiques : une flambée de l’inflation, qui a atteint son point culminant vers mi-2022, suivie de hausses des prix des biens liées aux droits de douane. Le conflit au Moyen-Orient les met désormais face à un renchérissement des coûts de l’énergie et du carburant, qui pourrait perdurer « un certain temps » a averti le président Trump. Si le discours dominant dépeint une économie américaine fragile, dépendante des revenus d’une minorité fortunée, nous observons des signes de résilience des dépenses de consommation à l’échelle de la population dans son ensemble.

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Au cours de l’année écoulée, la théorie d’une économie américaine en forme de K – caractérisée par un contraste marquéentre les consommateurs prospèreset ceux se débattant avec de faibles revenus –a gagné du terrain. Dans un premier temps, cette théorie s’est appuyée sur une analyse de Moody’s, arguant que les 10% des ménages américains les plus riches ont représenté 50% de la consommation totale du pays en 2025, une part en constante progression ces dernières années.

Si le discours dominant dépeint une économie américaine fragile, dépendante des revenus d’une minorité fortunée, nous observons des signes de résilience des dépenses de consommation à l’échelle de la population dans son ensemble

Deux autres postulats ont suivi. Premièrement, étant donné que les ménages américains les plus riches détiennent la plus grande part des actions américaines, la récente résilience de la consommation découle largement de la forte performance du marché boursier1. Deuxièmement, l'économie américaine est par conséquent devenue plus vulnérable à un repli des actions.

Un examen plus approfondi des données révèle toutefois des failles dans ce raisonnement. Sur la base des données officielles relatives à la part estimée du revenu disponible revenant aux 10% des ménages les plus aisés, ainsi que d’estimations de leurs taux d'épargne, nous calculons leur part dans la consommation totale à plutôt 30% environ. Un chiffre certes élevé, mais nettement inférieur à celui suggéré par l'analyse de Moody's.

Les inégalités de consommation semblent également n'avoir augmenté que modérément aux Etats-Unis durant les dernières décennies. Les données du Bureau américain des statistiques du travail montrent que la part de la consommation des 20% des ménages à plus hauts revenus s'élevait à 37,1% en 1984. En 2023, dernière année pour laquelle des données officielles sont disponibles, elle était à 38,3%2. Depuis lors, le message émanant des sources de données alternatives en temps réel, notamment des transactions par carte de crédit et de débit, est clair : les ménages américains les plus riches n’ont pas accru leur consommation de façon significativement supérieure à celle du reste de la population.

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Ces données font apparaître de faibles écarts cumulés depuis 2023 entre les dépenses des ménages à revenus élevés, moyens et faibles. Le dernier point de données disponible, datant de décembre 2025, indique même une croissance en glissement annuel plus élevée pour les consommateurs à faibles revenus. Les données deBank of America, fondées sur l’utilisation de leurs propres cartes de crédit et de débit, ainsi que celles de la plateforme de services financiersStripe Inc, confirment globalement ces résultats.

La consommation des 1 à 2% des ménages américains les plus riches, soit approximativement ceux dont les revenus dépassent USD 1 million par an, est difficile à appréhender. Cependant, sur la base des meilleures données disponibles, nous ne pensons pas que la remarquable résilience récente de l'économie américaine repose uniquement sur les épaules des millionnaires et des milliardaires.

Nous ne pensons pas que la remarquable résilience récente de l'économie américaine repose uniquement sur les épaules des millionnaires et des milliardaires

L'inflation post-pandémique a contribué à redistribuer la richesse

L'histoire récente nous éclaire sur la manière dont cette résilience a évolué. Après la pandémie, l’activité américaine a surmonté plusieurs chocs macroéconomiques importants. Le premier a été la flambée inflationniste post-COVID. Pourtant, malgré le relèvement marqué et rapide des taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed), passés de zéro à 5% en un temps record depuis quarante ans, l'économie américaine a enregistré une robuste croissance de la consommation en termes réels.

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Comme nous l’avions argumentéfin 2023, cette croissance de la consommation s’expliquait en partie par le fait que plus de 90% des prêts hypothécaires américains étaient à taux fixe, et donc à l’abri des hausses de taux. Au sortir de la pandémie, nous avons par ailleurs constatéune redistribution des richesses des créanciers vers les débiteurs, dont la propension à consommer est plus élevée. Les débiteurs ont bénéficié d'une inflation importante – qui a culminé à environ 9% mi-2022 – érodant la valeur réelle de leurs dettes. Les aides budgétaires leur ont également permis de constituer des réserves d’épargne.

Nous avons par ailleurs constaté une redistribution des richesses des créanciers vers les débiteurs, dont la propension à consommer est plus élevée

Les consommateurs ont résisté au choc des droits de douane

Le deuxième choc majeur de consommation a été provoqué par les tarifs douaniers du « Jour de la libération » en avril 2025. Ainsi que nous l'avionssouligné immédiatement après l’entrée en force de la mesure, malgré l’incertitude significative qui l’entourait, l'économie américaine était suffisamment saine et indépendante du commerce mondial pour absorber un tel choc sans entrer en récession. Tant que le chômage n'augmentait pas sensiblement et que les revenus moyens continuaient à dépasser le taux d'inflation plus élevé généré par ces droits de douane, la consommation américaine pouvait encore croître, bien qu’à un rythme plus lent. Ces attentes, y compris celles d’effets inflationnistes domestiques modérés, ont été largement confirmées.

La hausse des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient menace désormais de provoquer un troisième choc. Les deux précédents ont contribué à modérer la croissance des dépenses. De notre point de vue, ce ralentissement de la croissance de la consommation reflète principalement un marché de l’emploi américain plus faible comparativement aux années précédentes, largement caractérisé par une absence à la fois de recrutements et de licenciements.

Un choc sur le prix de l'essence d’une telle ampleur, avec des hausses de 30% en moyenne à l'échelle nationale, devrait entraîner une contraction significative de la demande pour d’autres biens, notamment s'agissant des dépenses discrétionnaires, et inciter les consommateurs à se tourner vers des produits moins chers au sein demêmes catégories de biens. De nombreux pendulaires dépendent de l'essence et n’ont d’autre choix que d’absorber la hausse des prix.

Toutefois, compte tenu de notre scénario de base d’une désescalade du conflit au Moyen-Orient, nous estimons que la plupart de ces effets seront temporaires et que le prix de l'essence retournera vers son niveau d'avant-guerre plus tard dans l’année.Nos prévisions de croissance pour l’économie américaine cette année n’ont donc été que légèrement revues à la baisse, de 2,2% à 1,9%.

Sauf signaux de détérioration marquée du marché de l’emploi, nous pensons que le consommateur américain pourra une fois encore absorber le choc

Si les ventes au détail, hors essence et autres composants volatils, sont restées relativement solides en mars, cela s'explique également par des remboursements d'impôts plus importants qu'à l'accoutumée. Une fois ces remboursements dissipés, la consommation américaine devrait se stabiliser à des niveaux inférieurs à ceux observés depuis la pandémie. Cela étant, sauf signaux de détérioration marquée du marché de l’emploi, nous pensons que le consommateur américain pourra une fois encore absorber le choc.

L'économie américaine est par ailleurs robuste. La politique budgétaire soutient la croissance, les grandes entreprises bénéficient de fondamentaux solides et d'une croissance de leurs bénéfices, et nous anticipons toujours une baisse des taux d'intérêt de la Fed fin 2026. Tous ces facteurs, conjugués à notre prévision d'un conflit de durée limitée au Moyen-Orient, confortent notre biais modérément pro-risque au sein des portefeuilles.

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