Elisa Donati décrit des robots dotés d’IA aptes à la vie quotidienne à l’ETH Zurich; Adaptabilité prime sur vitesse et précision

Elisa Donati : quand les robots dotés d’IA seront-ils adaptés à la vie quotidienne ? | l’ETH Zurich

Elisa Donati, quand les robots dotés d’IA seront-ils adaptés à la vie quotidienne ?

De nombreux robots dotés d’IA semblent intelligents tant qu’ils fonctionnent dans des environnements contrôlés. Elisa Donati, neuroscientifique et chercheuse en robotique, explique pourquoi une véritable aptitude à l’usage quotidien nécessite bien plus qu’un logiciel performant.

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« Les robots assument déjà aujourd’hui les tâches les plus diverses. Ils apportent leur aide dans les usines, transportent des colis ou nettoient des appartements. Mais dès qu’ils doivent évoluer dans un environnement quotidien imprévisible, de nombreux systèmes se révèlent étonnamment maladroits. C’est pourquoi, lors du développement de robots dotés d’IA, nous ne devrions pas nous limiter à réfléchir à l’intelligence artificielle, mais aussi à l’interaction entre le « cerveau », le corps et l’environnement. Car l’intelligence ne réside pas uniquement dans le logiciel.

Lorsqu’un robot dispose d’un corps intelligent, son « cerveau » peut, dans une certaine mesure, se détendre. Le monde animal en est un bon exemple. De nombreux animaux sont bien moins intelligents que nous, les humains, et disposent d’un système nerveux très primitif. Ils sont néanmoins capables de s’orienter, d’éviter les obstacles et d’interagir avec leur environnement. Une partie de ce comportement résulte directement de l’interaction entre le corps et l’environnement.

Si l’on transpose ce principe à la robotique, une chose apparaît rapidement : la conception d’un robot est au moins aussi importante que son intelligence artificielle. Les robots souples l’illustrent particulièrement bien. Leur corps souple peut faciliter physiquement certaines tâches. Si, par exemple, une main robotisée doit transporter un cèpe fragile, un robot rigide a besoin d’un contrôle extrêmement précis pour y parvenir. Un robot souple cède légèrement au contact et se facilite ainsi la tâche. Comme sa structure souple absorbe une partie des forces de contact, l’IA a automatiquement moins besoin d’intervenir.

site externe Elisa Donati dirige un groupe de recherche à l’ site externe Institut de neuroinformatique à l’ETH Zurich et à l’Université de Zurich, et est professeure titulaire à l’Université de Zurich. Cette neuroscientifique et chercheuse en robotique étudie comment les systèmes d’IA neuromorphiques, c’est-à-dire les ordinateurs inspirés du cerveau, peuvent être associés à la robotique afin que les robots puissent interagir avec leur environnement de manière plus rapide, plus économe en énergie et plus adaptative.

Si l’intelligence ne réside pas uniquement dans le logiciel, mais naît de l’interaction entre le corps, le cerveau et l’environnement, il ne suffit plus d’évaluer les robots uniquement en fonction de leur vitesse ou de leur précision.

Notre quotidien est chaotique et semé de situations imprévisibles. Pour que les robots dotés d’IA puissent nous apporter une aide utile dans ce contexte, ils doivent être capables de s’adapter avec souplesse aux changements, qu’il s’agisse d’obstacles, de revêtements de sol variables ou de nouvelles tâches.

C’est pourquoi nous devrions à l’avenir également mesurer la rapidité avec laquelle les robots s’adaptent à de nouvelles situations, la robustesse de leur fonctionnement et leur efficacité énergétique. La question de savoir comment ils interagissent avec leur environnement est tout aussi importante : endommagent-ils des objets ? Peuvent-ils collaborer en toute sécurité avec les humains ?

C’est donc la capacité d’adaptation qui prime sur la perfection. L’avenir n’appartient pas nécessairement aux systèmes les plus intelligents, mais aux plus adaptables. Cependant, la flexibilité avec laquelle un robot peut réagir dépend également de la puissance de calcul disponible. Un superordinateur n’a physiquement pas sa place dans un robot destiné à nous aider au quotidien.

Dans un article récemment publié site externe Étude C’est pourquoi je propose de petits réseaux de contrôle spécialisés et un corps intelligent pour rendre les robots aptes à la vie quotidienne. Dans la nature aussi, de nombreux mouvements et réactions ne sont pas contrôlés par un seul système central. Les réflexes ou les séquences de mouvements résultent souvent de circuits neuronaux locaux qui accomplissent certaines tâches avec une efficacité particulière.

Une partie de l’intelligence découle directement de l’interaction entre le corps et l’environnement. C’est précisément là que réside un grand potentiel pour la robotique. Les robots dotés d’IA ne sont pas encore des « tout-terrains » parfaits, et peut-être n’ont-ils pas besoin de l’être. Ce qui sera déterminant, c’est plutôt leur capacité à s’adapter à notre monde chaotique et la manière dont nous apprendrons à cohabiter avec eux. »

Technologies de l’information et de l’informatique

17 juin 2026 par Prof. Elisa Donati (Image : Adobe Stock