Université de Genève étude sur la compétence carbone et biais psychologiques à Genève Suisse; 3'000 participants révèlent des biais
Pourquoi nous surestimons l’impact positif de nos actions sur le climat - Médias - UNIGE
Pourquoi nous surestimons l’impact positif de nos actions sur le climat
Publié le 31 déc. 2026
Plus une mesure nous vient spontanément à l’esprit, plus nous avons tendance à la juger efficace. C’est ce que montre une équipe de l’UNIGE qui s’est penchée sur notre perception des actions visant à réduire les émissions de CO2.
Pourquoi recycler ses déchets ou éteindre la lumière est-il parfois perçu comme plus efficace pour le climat que renoncer à un voyage en avion? Une équipe de l’Université de Genève (UNIGE) a mené une étude auprès de 3'000 personnes et identifié les principaux mécanismes psychologiques à l’origine de ces biais. Ces travaux, publiés dans Nature Sustainability, ouvrent la voie à des stratégies de sensibilisation plus efficaces, capables d’encourager les comportements ayant le plus fort impact sur les émissions de gaz à effet de serre.
La «compétence carbone» désigne la capacité à évaluer correctement l’impact des différentes actions individuelles sur les émissions de gaz à effet de serre (GES). Une bonne compétence carbone permet d’identifier les mesures les plus efficaces pour réduire ces émissions, au niveau individuel et collectif, et ainsi contribuer à la lutte contre le changement climatique. Pourtant, plusieurs études montrent qu’elle demeure largement insuffisante au sein de la population, y compris chez les personnes les plus sensibles aux enjeux environnementaux. Les individus tendent ainsi à surestimer l’impact climatique de certaines actions modestes, comme le recyclage ou l’impression recto-verso de documents. Des gestes utiles, mais dont les effets sur les émissions de GES restent relativement limités. À l’inverse, la population sous-estime souvent l’impact de changements bien plus déterminants, comme renoncer à prendre l’avion ou réduire l’usage de la voiture.
Les petits gestes les plus surestimés sont – dans l’ordre – le recyclage, l’utilisation de matériaux recyclés, l’achat d’appareils électroménagers plus efficaces, l’amélioration de l’isolement thermique du logement et le télétravail.
Sur la base d’un échantillon de près de 3'000 participantes et participants, une équipe de l’UNIGE s’est penchée sur les barrières psychologiques qui expliquent ces erreurs d’évaluation. L’efficacité de plusieurs mesures visant à améliorer la compétence carbone a également été testée. «Nous avons retenu 32 actions individuelles, allant des gestes à faible impact à ceux ayant un effet beaucoup plus important. Nous avons ensuite analysé la manière dont les participantes et participants estimaient l’impact bénéfique de ces actions lorsqu’elles sont adoptées par une personne lambda», explique Mario Herberz, post-doctorant au Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UNIGE, premier auteur de l’étude. «À notre connaissance, c’est la première étude à examiner un éventail aussi large d’actions avec un tel niveau de détail». Deux biais psychologiques
Parmi ces 32 actions, les petits gestes les plus surestimés sont – dans l’ordre – le recyclage, l’utilisation de matériaux recyclés, l’achat d’appareils électroménagers plus efficaces, l’amélioration de l’isolement thermique du logement et le télétravail. Quant aux grandes mesures les plus sous-estimées, on trouve renoncer à l’avion, vivre sans voiture, passer à une voiture électrique, renoncer à un vol long-courrier et choisir de l’électricité renouvelable. Selon l’équipe recherche, ce déficit de compétence carbone s’explique par deux biais psychologiques: l’«heuristique de disponibilité», un raccourci mental qui consiste à juger une action plus efficace lorsqu’elle nous vient facilement à l’esprit, et le «raisonnement motivé», qui vise à préserver une image positive de soi. «Dans le premier cas, plus une action est présente dans les médias ou abordée à l’école, plus elle nous vient facilement et plus nous avons tendance à la juger efficace», explique Mario Herberz. «Dans le cas du raisonnement motivé, il pousse les individus à croire que les actions qu’ils et elles pratiquent déjà sont plus efficaces, car cette perception renforce l’image positive qu’ils et elles ont d’eux-mêmes et elles-mêmes». Les scientifiques montrent également que les personnes ayant des valeurs écologiques fortes sont souvent trop optimistes et ont tendance à surestimer l’impact de toutes les actions environnementales en général. Quant à celles qui sont plus à l’aise avec les chiffres, elles ont tendance à être plus précises dans leurs estimations et moins influencées par ces biais. L’échec des solutions «toutes faites»
Pour corriger ces erreurs d’évaluation, l’équipe de recherche a testé plusieurs interventions. Elle a notamment évalué l’effet d’une simple liste d’actions à fort impact sur les estimations d’émissions de GES. Elle a également examiné si les participantes et participants pouvaient améliorer leurs estimations en s’appuyant sur deux indicateurs: le coût comportemental d’une action (plus elle demande d’efforts, de temps ou de ressources financières, plus son impact est susceptible d’être important) et sa prévalence sociale (plus elle est rare au sein de la population, plus son potentiel de réduction des émissions est généralement élevé). «Les résultats montrent que l’efficacité de ces interventions varie fortement d’une personne à l’autre, notamment selon leur capacité à utiliser le coût comportemental comme indicateur de l’impact réel d’une action», révèle Mario Herberz. «Le défi consiste donc à adapter les campagnes de sensibilisation aux différents profils de la population – qui restent à définir – afin de mieux corriger ces biais et d’encourager l’adoption de comportements et le soutien aux politiques les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre».
Contact Mario Herberz Post-doctorant Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation UNIGE +41 22 379 91 00 Mario.Herberz(at)unige.ch
Cette recherche est publiée dans Nature Sustainability DOI: 10.1038