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title: "JOJ Dakar 2026, 43 fresques murales, Dakar et environs; Dakar devient galerie à ciel ouvert"
sdDatePublished: "2026-08-06T14:13:00Z"
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JOJ Dakar 2026, 43 fresques murales, Dakar et environs; Dakar devient galerie à ciel ouvert

Dakar 2026 - Une vitrine culturelle

Dans les rues de Dakar, la bouillonnante capitale sénégalaise, l’histoire des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) est en train de s’écrire. Partout, elle se répand avec une vive douceur comme le chuchotement d’un griot au commencement d’un conte populaire.

C’est la première fois que des JOJ auront lieu en Afrique. Au fil des jours, ce mythe fait de prouesses sportives, de découvertes et de promotion des cultures locales conquiert la ville, le cœur de la nation, et même le continent. Il devient réel, souvent grâce au bouche-à-oreille, et parfois avec des représentations symboliques ou des événements bien marqués. En ces instants, la ferveur et la hâte gagnent du terrain.

L’événement, qui se tient du 31 octobre au 13 novembre 2026 entre les villes de Dakar, Saly et Diamniadio, attise chaque jour un peu plus la curiosités et les appétits créatifs. Si aujourd’hui « l’Afrique accueille, Dakar célèbre » (Afrig Dalal, Ndakaaru Jëmël en wolof), pour reprendre la devise officielle de Dakar 2026, il y a longtemps que Dakar inspire, innove et envoûte – ceux qui ont déjà foulé le sol de la presqu’île le savent déjà. Les JOJ sont l’occasion de le démontrer au reste du monde. Alors, en parallèle de l’événement sportif, la culture se met, elle aussi, dans la course des JOJ.

« Les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 ne sont pas simplement une première africaine sur le plan sportif. Ils constituent une première historique au sens plein, quasi civilisationnelle », consent Mamadou Diagna Ndiaye, président du Comité National Olympique et Sportif Sénégalais (CNOSS) et du comité d’organisation de Dakar 2026.

Dans la nuit dakaroise d’un mois de mai encore frais, où les bourrasques de poussière saharienne caressent les murs défraîchis, Souleymane Diop, un commerçant propriétaire d’une boutique au marché artisanal de Soumbédioune, n’a pas fait le déplacement jusqu’à la gare de TER flambant neuve du quartier de Colobane par hasard. Une rumeur circule en ville sur une œuvre exposée en plein cœur de Dakar. « Elle est bien là », confirme-t-il, selfie à l’appui.

Face à lui s’élève une immense fresque aux couleurs vives de près de sept mètres par quatre. Estampillée du logo des Jeux Olympiques de la Jeunesse « Dakar 2026 Youth Olympic Games », elle présente les portraits de trois sportives sénégalaises. « C’est vraiment beau », commente Souleymane Diop aux côtés d’autres badauds curieux.

Au bas du mur, teinté de bleu ciel, c’est d’abord le visage gaillard et iconique de Julie Marie Gomis, première olympienne du pays en 1976 lors de l’épreuve de 100 m haies, qui se laisse découvrir. Vient ensuite la mine déterminée de la céiste Combé Seck, 30 ans.

Championne d’Afrique de canoë sprint en 2025, elle a été l’une des deux porte-drapeaux du Sénégal aux Jeux de Paris en 2024. Au sommet, c’est le visage juvénile et plein d’espoir de Tening Faye, 15 ans, médaillée de bronze aux Championnats du monde cadets de taekwondo dans sa catégorie à Fujairah aux Émirats arabes unis en 2025, qui achève ce tableau des générations d’athlètes sénégalaises.

« C’est génial, je ne savais pas qu’il y avait tout ça. C’est une amie qui me l’a dit et j’ai voulu le constater par moi-même, poursuit Souleymane Diop. C’est une bonne idée pour que les gens commencent à se préparer à l’événement. Ça donne envie d’en savoir plus, d’aller plus loin », témoigne-t-il plein d’entrain.

Apparue en mars dernier sur le mur de la gare de TER la plus fréquentée de la capitale, l’œuvre ne passe pas inaperçue dans les rues animées de Dakar, où le jaune et le bleu chatoyants des cars rapides et autres vieux taxis sont omniprésents.

« Les couleurs vives et l’esthétisme des motifs dans le fond de la fresque, c’est pour montrer l’importance de l’accueil au Sénégal et plus largement au Sahel et en Afrique », explique Dieynaba Sidibe, alias Zeinixx, graffeuse et coauteure de la peinture murale.

L’artiste de 35 ans, première graffeuse sénégalaise de l’histoire, a de nouveau innové. Elle a été la première à s’élancer pour faire parler les murs de la capitale dans le cadre du projet dénommé « Yeesal » (un terme wolof), dont l’objectif est de mettre l’art urbain au cœur des JOJ.

Pour l’occasion, Dakar et ses banlieues populaires dont Rufisque et Bargny, mais également Diamniadio et Saly, s’apprêtent à devenir une galerie à ciel ouvert. Au total, 43 fresques réalisées par 43 graffeurs doivent être peintes dans les prochaines semaines sur les murs, de gares principalement, en sept mètres par quatre.

« Le projet “Yeesal” offre aux jeunes la chance de s’exprimer, d’apporter leur touche artistique aux JOJ », souligne Serigne Mansour Fall, graffeur plus connu sous le nom de Mad Zoo, chargé de la direction artistique du projet.

« Il ne s’agit pas seulement de fresques décoratives. On parle de fresques engageantes et de remise en perspective des succès sportifs du continent. »

« Un vrai symbole de notre culture »

La quarantaine de graffeurs, sélectionnés au cours des derniers mois grâce à un appel à projets, a d’ores et déjà proposé des visuels sur le thème de l’héritage sportif, des valeurs de l’Olympisme (l’amitié, le respect et l’excellence) et de la diversité culturelle. Comme celle de Zeinixx, représentant trois générations d’athlètes sénégalaises, la plupart des fresques s’apprêtent à mettre en lumière des succès, parfois oubliés ou méconnus, d’athlètes.

« Au-delà du sport, l’idée est de valoriser le street art, de donner la chance à des jeunes artistes de participer aux JOJ et de promouvoir leur talent artistique et, pourquoi pas, de lancer des carrières », relève Serigne Mansour Fall.

Au Sénégal, où le graff n’est pas interdit, mais toléré, la participation officielle d’un tel projet de street art sonne à la fois comme « une continuité pour un art qui a toujours été au service de la société », pense la graffeuse Zeinix.

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, le graffiti est né dans l’esprit du mouvement Set

Setal au début des années 1990. À l’époque, des milliers de jeunes avaient réquisitionné les murs de leurs quartiers pour communiquer au sujet de grandes opérations de nettoyage, peignant des fresques pour informer les populations sur les problèmes d'hygiène et de santé publique.

D’autant que grâce à ces fresques murales en lien avec les JOJ qui s’apprêtent à fleurir dans les quartiers, la vocation première du graffiti, à savoir l’éducation par le dessin, est remise à l’honneur.

« Plus on fera de fresques, plus les gens auront accès aux informations sur les JOJ, l’histoire des sports et de nos héros, plus l’engouement sera grand, croit Mad Zoo. Il était essentiel que l’organisation saisisse l’importance de notre communication culturelle, dont les graffs font partie, pour déclencher l’engouement populaire et que l’on fasse de ces Jeux un truc à nous et pour nous, pas seulement sportivement parlant. »

À l’image du projet « Yeesal », une myriade d’actions faisant dialoguer l’art et le sport sur l'intégralité du territoire sénégalais ont été lancées au cours des deux dernières années, le plus souvent par le biais d’appels à projets ou de concours.

Parmi les plus emblématiques figure celui du dessin pour la mascotte de Dakar 2026. Organisé fin 2025, l’événement a été piloté directement par le ministère de l’Éducation nationale du Sénégal auprès de 500 élèves issus de 41 établissements dans 16 régions à travers le pays. Après trois tours de sélection, la compétition a finalement consacré l’œuvre de Ndeye Mariama Diop, une jeune fille de 16 ans originaire de Saint-Louis, l’une des principales villes du pays, située à la frontière avec la Mauritanie.

Passionnée de dessin et de mangas depuis l’enfance, la lycéenne s’est inspirée de son quotidien pour ancrer le personnage « à la fois dans les traditions sénégalaises et dans la modernité », confie-t-elle. Dénommé Ayo (« joie » en yoruba – une langue largement parlée en Afrique de l’Ouest), le lionceau possède un visage guilleret.

« Je m’étais dit que le personnage ne devait pas être austère, mais plutôt rigolo, pour que les enfants s’y attachent et qu’il apporte la joie là où il passerait », explique Ndeye Mariama Diop. Ayo est en outre coiffé d’un tingandé (le chapeau traditionnel peul, une communauté très présente dans la région) et porte un maillot de foot, un sport populaire auprès des jeunes.

« J’ai voulu mélanger les habits traditionnels et contemporains et, dans un souci d’inclusion, faire un clin d’œil aux talibés [les enfants des rues traditionnellement confiés par leurs proches à des écoles coraniques pour leur éducation religieuse], qui sont le plus souvent vêtus de maillots bon marché que l’on retrouve partout sur les étals du pays », raconte-t-elle avec maturité. Et d’ajouter : « J’ai pensé cette mascotte comme une opportunité d’avoir un exemple de personnage fictif qui représente le Sénégal de façon positive dans le monde. »

Symbole d’unité avant le début des Jeux Olympiques de la Jeunesse, la mascotte a même été présentée devant le président de la République Bassirou Diomaye Faye.

« Les JOJ de Dakar 2026 seront un moment de rayonnement pour le Sénégal et pour l’Afrique.

À six mois de l’ouverture des compétitions, notre pays compte sur la mobilisation du monde des arts et de la culture pour relever ce défi national et ce pari continental », a déclaré le chef de l’État en avril dernier.

« Une puissance internationale »

Tant sur le volet économique, social et culturel, les JOJ représentent plus que jamais un jalon à l’échelle de ce pays de 18 millions d’habitants.

« Les JOJ, comme tous les événements internationaux, sont une véritable vitrine vers les savoir-faire, vers les acteurs institutionnels et privés, et sont l’occasion de montrer au monde entier ce qu’est le Sénégal sous toutes ses coutures », souligne Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport, chargé de cours à Sciences Po Paris sur l’histoire et la géopolitique du sport africain.

Il y a une dimension de diplomatie publique et a fortiori culturelle, que certains seraient tentés de réduire à du soft power, mais cela va bien au-delà. Par cet événement, Dakar s’inscrit dans une logique de puissance continentale, régionale et internationale ».

Dans la continuité du narratif de ces JOJ dont les initiatives essaiment un peu partout dans la jeune société sénégalaise, le lionceau Ayo, qui a désormais pris vie sous la forme d’une peluche géante, réalise une tournée à travers le territoire. Comme un vecteur d’information de l’événement historique à venir, Ayo fait, lui aussi, passer des messages, à l’instar des graffeurs du projet « Yeesal ».

Les étapes de sa tournée mettent à l’honneur le patrimoine historique et culturel sénégalais. Début mars dernier, la mascotte a ainsi foulé le sol de l’île de Gorée, symbole mondial de la traite négrière transatlantique. Après un bref passage dans la prestigieuse école de filles Mariama Bâ, du nom de la célèbre écrivaine sénégalaise, le lionceau est parti à la découverte de la Maison des Esclaves et de la Porte du non-retour, où les esclaves embarquaient vers les colonies. La visite, riche en émotions et lourde d’histoire, devrait être un incontournable des visiteurs pendant les JOJ. Ayo a donné la direction.

Dans la même veine que le concours de dessin pour la mascotte, l’hymne des JOJ doit être dévoilé d’ici fin juin. Il accompagnera les épreuves dans les arènes de lutte (le sport national ultra-populaire) – dont certaines sont transformées pour accueillir d’autres épreuves – sur les plages qui bordent l’Atlantique et dans les stades flambant neufs. Le morceau qui animera les deux semaines de compétition doit être révélé à l’issue d’un concours entre 50 propositions sonores.

Intitulé le « Wonéel sa bop » (« Révèle-toi » en wolof), le projet a mobilisé une large partie de l’industrie musicale du pays, des artistes interprètes aux instrumentistes, beatmakers, producteurs et compositeurs.