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title: "Albert Rösti défend accélération de l’adaptation climatique en Suisse; 25 M CHF pour l’adaptation des forêts"
sdDatePublished: "2026-08-06T10:05:00Z"
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Albert Rösti défend accélération de l’adaptation climatique en Suisse; 25 M CHF pour l’adaptation des forêts

Le Temps, 06.08.2026

Publié le 6 août 2026

Albert Rösti, sur les coupes dans l’adaptation des forêts: «Je ne peux pas justifier cette décision sur le fond. Ces moyens sont nécessaires»

Face aux vagues de chaleur, le ministre défend la nécessité d'accélérer l'adaptation du pays. Il confirme une nouvelle loi C02, une stratégie nationale pour l'eau et revient sur la coupe de 25 millions destinés à adapter les forêts

Interview : Fanny Scuderi et Annick Chevillot

Canicule, sécheresse, forêts fra gilisées: l'été 2026 donne un avant- goût des défis climatiques auxquels la Suisse doit se confronter. Pour Albert Rosti, il faut désormais ren forcer les moyens consacrés à l'adaptation, sans réduire ceux des tinés à la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Le conseiller fédéral prépare une nouvelle loi CO2 pour la période 2030-2040. Il annonce aussi une stratégie natio nale pour mieux coordonner l'uti lisation de l'eau en période de pénurie. Sur les 25 millions de francs annuels auxquels la Confé dération a renoncé pour rendre les forêts plus résistantes au change ment climatique, il reconnaît une situation inconfortable.

L'été 2026 fait tomber des records de températures. La Suisse doit-elle désormais changer sa manière de se préparer aux épisodes de chaleur extrême?

Non. Depuis plusieurs années déjà, la Suisse développe des mesures d’adaptation. Il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles solutions, mais d’accélérer la mise en œuvre de celles qui existent, en particulier dans les villes et pour les bâtiments.

Concrètement, que font les autorités pour préparer la Suisse à ces canicules?

L’Office fédéral du développement territorial a élaboré des recommandations pour aider les villes à s’adapter. Avec le fédéralisme, la Confédération ne peut pas imposer ces mesures, mais elle peut conseiller les cantons et les communes.

L’armée aide aussi les éleveurs confrontés à la sécheresse, notamment en facilitant l’acheminement d’eau dans les alpages par hélicoptère. Et le Conseil fédéral a supprimé les droits de douane sur les importations de fourrage.

De plus, l’Office fédéral de l’environnement soutient certains projets d’adaptation avec un fonds d’environ 30 millions de francs. Des moyens qui devraient augmenter dans le cadre de la future loi sur le CO₂ pour 2030-2040. Elle sera mise en consultation prochainement.

Les épisodes de canicule sont déjà là, alors que ces mesures produisent leurs effets sur le long terme. La Suisse a-t-elle pris du retard dans son adaptation au changement climatique?

Il est difficile de parler de retard. Jusqu’à présent, l’accent a surtout été mis sur la réduction des émissions de CO₂. Les mesures d’adaptation, plus récentes, répondent aux conséquences du réchauffement climatique, tandis que les politiques climatiques s’attaquent à ses causes. Mais il faut aussi être réaliste: la Suisse ne représente qu’un millième des émissions mondiales de CO₂. Nous n’atteindrons les objectifs climatiques que si tous les pays agissent de concert. J’ai malheureusement des doutes sur la capacité du monde à réussir cette transition. Sans action de leur part, la chaleur continuera d’augmenter.

Les projections de la Confédération montrent que les mesures actuelles ne suffisent pas à garantir le zéro émission nette en 2050, ni la réduction de moitié des émissions en 2030. Comment expliquez-vous cet écart entre l’objectif que la Suisse s’est fixé et la trajectoire actuelle?

Je ne pense pas qu’on puisse déjà affirmer que nous manquerons l’objectif de 2050. Il est issu de la volonté populaire et devra être atteint. Pour 2030, la situation est plus compliquée. Une partie importante des réductions devra passer par des certificats internationaux, qui coûtent cher. Dans le contexte budgétaire actuel, je ne vois pas comment la Confédération pourrait débloquer les 300 à 400 millions supplémentaires nécessaires. Si nous ratons l’objectif de 2030, il faudra renforcer les mesures durant la décennie suivante. Une piste est d’étendre le système d’échange de quotas d’émission aux bâtiments et aux transports afin de générer davantage de recettes.

Justement, la Suisse achète une partie de ses réductions d’émissions à l’étranger grâce à des certificats carbone. Comment garantir que ce mécanisme ne lui permette pas de repousser ses propres efforts?

Ces certificats nous donnent du temps pour réaliser les réductions les plus coûteuses en Suisse. La loi autorise aujourd’hui qu’environ un tiers des réductions nécessaires soit réalisé à l’étranger. Une tonne de CO₂ évitée en Suisse ou à l’étranger produit le même effet sur le climat. La différence est que certaines réductions coûtent aujourd’hui moins cher dans les pays en développement. Les innovations technologiques devraient aussi rendre les solutions de décarbonation moins coûteuses à l’avenir.

Si tous les pays riches adoptaient la même stratégie que la Suisse, en finançant une partie de leurs réductions à l’étranger, l’objectif de 1,5 °C resterait-il atteignable?

Le résultat dépendrait avant tout des grands émetteurs comme la Chine, l’Inde, les Etats-Unis, la Russie ou les pays producteurs de pétrole. Les réductions financées par la Suisse représentent très peu par rapport à leurs émissions.

Faire davantage en Suisse ne changerait donc rien?

Cela ne suffira pas à changer le climat mondial, mais je n’ai jamais dit que la Suisse ne devait rien faire. Nous faisons déjà beaucoup: taxe sur le CO₂ élevée, progression des voitures électriques, remplacement des chauffages fossiles et efforts de l’industrie. Il faut aussi préserver la compétitivité de notre économie.

Vous rappelez souvent que la Suisse ne représente qu’environ 0,1% des émissions mondiales. Mais ce chiffre ne tient pas compte des émissions liées aux biens importés. N’a-t-elle pas aussi une responsabilité à cet égard?

Les émissions sont attribuées au pays où les biens sont produits. Bien sûr, nous pourrions importer davantage de produits fabriqués sans énergies fossiles, mais cela dépend des méthodes de production des pays exportateurs. C’est aux pays producteurs de bien décarboner leur économie.

Quelles mesures supplémentaires le Conseil fédéral est-il prêt à prendre rapidement pour remettre la Suisse sur une trajectoire compatible avec l’objectif de zéro émission nette?

Pour l’instant, nous appliquons celle sur le CO₂ déjà adoptée et mettons en œuvre la loi sur le climat et l’innovation, qui prévoit notamment 200 millions de francs pour soutenir des innovations et de nouveaux systèmes énergétiques. Il est évident qu’il faudra aller plus loin après 2030.

Les écologistes ont demandé que le Département de l’environnement vous soit retiré. Estimez-vous que votre politique environnementale est compatible avec les objectifs climatiques de la Suisse?

Je ne commenterai pas cette demande. C’est le parlement qui fait les lois, pas moi. Ma responsabilité est de mettre en œuvre celles adoptées par le parlement. Pour rappel, la première loi sur le CO₂ a été rejetée en votation, tout comme plusieurs initiatives qui allaient plus loin en matière climatique. J’estime que les lois actuelles correspondent donc à ce que le parlement et la majorité de la population ont décidé.

Mais estimez-vous en faire assez?

Je respecte les décisions prises. Toute mesure doit obtenir une majorité au parlement et, le cas échéant, devant le peuple. Ce n’est pas à moi seul de fixer cette orientation. En revanche, il m’appartient de proposer les mesures permettant d’atteindre les objectifs fixés. C’est ce que nous ferons avec la loi sur le CO₂ pour 2030-2040.

Vous êtes confronté à un double choix politique: la Suisse doit-elle désormais se préparer davantage aux conséquences du réchauffement que de tenter de les empêcher?

Il faut absolument faire les deux. A mes yeux, il faut toutefois renforcer les moyens consacrés à l’adaptation, sans diminuer ceux destinés à la réduction des émissions. Personne ne peut dire aujourd’hui avec certitude si le monde atteindra ses objectifs climatiques. Pour la Suisse, nous pouvons fixer une trajectoire. Mais à l’échelle mondiale, la situation est beaucoup plus incertaine. Les conflits internationaux relèguent souvent le climat au second plan.

L’argent reste le nerf de la guerre. Les importateurs de véhicules ont payé environ 100 millions de francs de sanctions l’an dernier pour dépassement des limites d’émissions de CO₂, une facture qui aurait pu atteindre 200 millions sans votre intervention. Pourquoi avoir assoupli une sanction censée encourager des véhicules moins polluants?

Nous n’avons pas réduit les sanctions, nous avons rendu les objectifs plus flexibles. L’Union européenne a accordé une marge de manœuvre à ses constructeurs, qui va beaucoup plus loin que celle de la Suisse. Nous ne pouvions pas modifier la loi suisse, mais nous avons introduit une certaine souplesse dans l’ordonnance, car le marché automobile n’évoluait pas comme prévu, malgré les investissements importants dans l’électrification. Les objectifs restent les mêmes. Cette décision ne s’est pas faite au détriment du climat: nous avons simplement accordé davantage de temps pour les atteindre, en tenant compte des réalités économiques.

Dans le même temps, la Confédération a renoncé à prolonger les 25 millions de francs par an destinés à rendre les forêts plus résistantes au changement climatique. Comment justifiez-vous cette décision?

Comme chef du Département de l’environnement, je ne peux pas justifier cette décision sur le fond. Ces moyens sont nécessaires. Il suffit d’aller en forêt aujourd’hui pour constater les conséquences du changement climatique. Cette décision a toutefois été prise au printemps dernier dans le cadre des arbitrages budgétaires, et non en réaction à la situation actuelle. La Confédération continue de consacrer environ 115 millions de francs par an aux forêts, dont une partie importante à leur adaptation. Les 25 millions supplémentaires étaient liés à une mesure transitoire. Le Conseil fédéral a proposé de ne pas la prolonger dans le cadre du programme d’allègement budgétaire, estimant que l’adaptation des forêts s’inscrivait dans le long terme. Cette proposition a été validée par le parlement. Celui-ci peut toutefois encore revenir dessus. Je ne serais pas vraiment mécontent s’il décidait d’augmenter à nouveau ces moyens, même si je devrais défendre la proposition du Conseil fédéral.

Les villes suisses sont-elles suffisamment préparées à des étés où les températures atteignent ou dépassent 35 degrés?

La priorité des villes et des cantons doit être de protéger les personnes les plus vulnérables. Dans les hôpitaux, les EMS et les autres établissements accueillant des personnes fragiles, nous avons une responsabilité particulière. Ces infrastructures doivent disposer des équipements essentiels, qu’il s’agisse de ventilation ou, lorsque c’est nécessaire, de climatisation.

Une utilisation plus importante de la climatisation augmenterait toutefois la consommation d’électricité…

Les systèmes actuels sont plus efficaces qu’il y a 10 ans, mais ils représentent une demande supplémentaire. Dans ce contexte, ma priorité reste de garantir une production suffisante d’électricité en Suisse. C’est pourquoi il faut continuer à développer l’hydraulique, l’éolien et le solaire, et réfléchir à long terme au remplacement des centrales nucléaires existantes lorsqu’elles arriveront en fin de vie.

Avec la sécheresse, les tensions entre les différents usages de l’eau augmentent. Faut-il fixer des priorités nationales en cas de pénurie?

Pour l’instant, non. La Suisse dispose de suffisamment d’eau. Le problème réside davantage dans sa répartition. Il faut donc améliorer la coordination. Nous préparons une stratégie nationale pour l’approvisionnement en eau, qui devrait prochainement être soumise au Conseil fédéral. Elle visera notamment à une meilleure coordination intercantonale et, si nécessaire, à définir des priorités.

La Suisse souhaite continuer