Shardul Chiplunkar représente les doctorants à l’EPFL; réduit le stress des doctorants

«Représenter mes pairs me permet d’agir ici et maintenant» - EPFL

«Représenter mes pairs me permet d’agir ici et maintenant»

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Shardul Chiplunkar - 2026 EPFL

Shardul Chiplunkar est en quatrième année de thèse à la Faculté informatique et communications. Très engagé dans la représentation des doctorantes et doctorants, il partage pour la série «Mind to Mind» des réflexions inspirantes sur la gestion du stress et les grands enjeux de notre époque.

La recherche de Shardul Chiplunkar porte sur les interfaces utilisateur pour les outils de programmation et de démonstration formelle, avec l’objectif de les rendre plus intuitifs grâce à des diagrammes et d’autres modes d’interaction enrichis. Mais ses centres d’intérêt vont bien au-delà: musique classique hindoustanie, chant choral et a cappella, étymologie ou encore vélo, pour n’en citer que quelques-uns. Nous l’avons rencontré pour parler de stress et de résilience, en passant par son rôle de représentant des doctorantes et doctorants, et même un peu d’intelligence artificielle.

Une des choses que j’ai apprises au cours de mon doctorat, c’est qu’il est important de ne pas s’identifier uniquement au travail, mais aussi à d’autres aspirations. Dans le monde académique, il y a souvent cette attente implicite selon laquelle on devrait consacrer toute sa vie à la recherche. Mais dans ce cas, si je ne progresse pas dans ma recherche, ma vie entière sera synonyme de stress, puisqu’elle sera réduite à une seule dimension. Alors qu’en fait, il est possible d’avancer dans d’autres domaines: s’intégrer à une nouvelle culture, améliorer son français, se faire de nouveaux amis ou renforcer des amitiés existantes, apprendre un instrument de musique. Cela aide à relativiser.

Faire un doctorat reste pourtant très exigeant!

Absolument. Même si la personne qui dirige votre thèse est parfaite et que la recherche avance bien, il y a des journées stressantes liées aux échéances de soumission d’article, aux présentations, etc. Mais, peut-être plus important encore, il y a le stress de cette petite voix qui demande: Ce que je fais est-il utile au monde? Cette recherche produira-t-elle un jour quelque chose de concret? Je vois beaucoup de personnes autour de moi, y compris moi, qui ont de la peine à faire face au fait que l’urgence climatique s’aggrave malgré tous les efforts de recherche, que la technologie permet toujours plus de répression et de violence, que les gens, y compris les scientifiques, perdent confiance dans le monde académique. Ce sont juste quelques exemples dans un large continuum de grands problèmes. Il peut être difficile de rester motivé lorsque son travail semble si éloigné de ces enjeux.

Je n’ai évidemment pas de solution miracle. Mais, pour commencer, cela aide d’avoir ces discussions avec d’autres personnes qui ressentent la même chose. Cela m’aide aussi de penser non seulement à ma recherche, mais également à ma formation de chercheur, à l’ouverture sur le monde qu’elle m’apporte et à la voix qu’elle me permet d’avoir au sein des communautés autour de moi.

Le fait de vous engager à l’EPFL contribue-t-il à réduire ce stress?

Oui! Représenter les intérêts de mes communautés les plus proches, qu’il s’agisse des doctorantes et doctorants de mon programme ou du personnel scientifique de l’EPFL dans son ensemble, essayer d’améliorer les choses et de faire entendre toutes ces voix, tout cela me permet vraiment de contribuer ici et maintenant. De plus, l’engagement permet de faire partie d’un réseau de gens super intelligents, de différents horizons, qui travaillent sur des sujets très divers. Même une simple conversation après un séminaire ou lors d’un dîner peut être enrichissante, et on ne sait jamais quel impact collectif elle pourra avoir à long terme.

Quels sont les principaux problèmes des personnes en thèse à l’EPFL?

L’EPFL est une grande institution. On peut avoir l’impression que ses propres difficultés se perdent dans un immense labyrinthe. Et parfois, les personnes qui sont à chaque bout de ce labyrinthe n’ont jamais vraiment parlé les unes aux autres. Les questions de santé mentale liées au stress professionnel ou aux conflits interpersonnels sont un bon exemple: les enquêtes montrent que ce sont des problèmes fréquents chez les doctorantes et doctorants, mais ils semblent sans solution. Mettre à mal sa relation avec son directeur ou sa directrice de thèse, ou avec d’autres profs, peut avoir des conséquences sur sa carrière. Le Respect Compliance Office , la Vice-présidence pour le développement humain, les directions des programmes doctoraux et d’autres instances tentent d’accompagner ces situations complexes et de faciliter les conversations difficiles. Mais pour quelqu’un qui est déjà en difficulté, s’orienter dans ce système peut s’avérer extrêmement pénible. Les personnes qui auraient pu aider sont souvent informées trop tard et avec trop peu d’éléments. Cela explique, selon moi, pourquoi l’EPFL n’a pas encore trouvé le bon système pour résoudre ces problèmes.

C’est là que la représentation joue un rôle essentiel. L’administration nous associe de plus en plus à des groupes de travail et à des commissions où nous pouvons apporter du contexte, faire remonter les problèmes récurrents et proposer des idées. Cela nous permet également d’expliquer plus clairement le fonctionnement du système à nos collègues. Je pense que tout le monde gagnerait à mieux comprendre le travail des autres membres de la communauté universitaire.

Quels autres sujets avez-vous traités dans vos activités de représentation?

Je ne prétends pas être seul à l’origine d’un quelconque changement, mais j’ai participé à de nombreuses discussions sur l’équilibre entre les activités d’enseignement et de recherche. Les intérêts en jeu sont parfois contradictoires: certains doctorants apprécient l’enseignement, tandis que d’autres préféreraient ne pas avoir cette responsabilité. Les profs ont besoin d’assistants pour leurs cours, mais souhaitent aussi que leurs doctorants puissent se concentrer sur la recherche. Chaque programme doctoral a sa propre vision du volume d’enseignement attendu. Jusqu’où faut-il harmoniser les règles, versus où faut-il maintenir une certaine flexibilité? Ce n’est pas une question simple. Mais nous étions plusieurs à vouloir nous attaquer à cela, et nous disposons désormais de nouvelles règles au niveau de l’École doctorale, ainsi que de nouvelles approches, que certains programmes comme l’EDIC expérimentent déjà.

Qu’aimez-vous le plus à l’EPFL?

Son caractère international. En partie grâce à la position de neutralité de la Suisse, nous avons la chance d’attirer des personnes talentueuses du monde entier, qui pourraient rencontrer davantage d’obstacles politiques ailleurs. Peut-être aussi en raison de sa situation géographique, et parce qu’il est plus facile de trouver sa place lorsque tant de personnes à l’EPFL viennent d’autres pays et n’ont pas le français ou l’anglais comme langue maternelle. C’est un atout unique, et je me demande comment nous pourrions encore mieux le valoriser.

Vous vous définissez comme un «végétarien de l’IA générative». Pouvez-vous en dire plus?

Avec plaisir! Je considère que l’IA générative est à la fois contraire à l’éthique et non durable. Contraire à l’éthique parce que ces modèles sont entraînés sur d’immenses quantités de livres, d’œuvres artistiques et d’autres contenus collectés sans le consentement de leurs créateurs ni respect de leur propriété intellectuelle. Pire encore, cette production prétend souvent remplacer les humains dont le travail a servi à alimenter l’IA. Quant à la durabilité, je ne pense pas que les coûts environnementaux soient justifiés par les bénéfices avancés. J’en suis donc arrivé à la conclusion d’essayer d’éviter de consommer des contenus produits par l’IA générative. Par exemple, je ne lis pas d’articles «rédigés» par une IA et je n’utilise pas d’outils de programmation fondés sur l’IA. Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit d’adopter cette position, et je ne prétends pas qu’il s’agit de la seule approche valable. Mais je souhaite souligner que le degré d’engagement vis-à-vis de l’IA générative dans la vie quotidienne devrait relever d’un choix personnel, alors que tout le monde n’a pas forcément cette liberté aujourd’hui.

Quel lien peut-on faire entre l’IA et la santé mentale?

Pour moi, il est clairement négatif. Nous avons tous entendu des histoires de personnes utilisant des agents conversationnels comme thérapeutes, avec de graves dérapages à la clé. Mais il existe aussi des effets plus subtils: la peur d’être «dépassé» si on n’utilise pas l’IA, la pression de devoir être toujours «plus productif», parce que tout le monde autour de soi l’utilise pour aller plus vite, du moins en apparence. Personnellement, j’avais déjà l’impression que les autres travaillaient plus vite que moi avant même que l’IA ne devienne omniprésente! On commence à voir les signes qu’une dépendance à l’IA pour les tâches quotidiennes entraîne une baisse des compétences et de la confiance en ses propres capacités. C’est encore plus problématique pour les jeunes, qui risquent de ne jamais acquérir certaines compétences fondamentales.

Le point positif, c’est que l’engouement autour de l’IA pousse de nombreuses personnes, notamment les jeunes générations, à remettre en question l’ensemble de l’écosystème formé par l’IA, les réseaux sociaux et les géants du numérique. Est-ce que je suis réellement maître de ce que je lis? De ce que je regarde, ressens et crois? De ce que les algorithmes savent à mon sujet? Les outils que j’utilise renforcent-ils mon pouvoir d’agir ou me rendent-ils dépendant d’une entreprise? Se poser ces questions nous aidera à construire une relation plus saine avec la technologie.

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