Le marché suisse du logement en propriété reste conforme à ses fondamentaux; seul scénario extrême prévoit une baisse.

Le logement en propriété en période d’incertitude : le marché suisse est-il résilient ?

Le logement en propriété en période d’incertitude : le marché suisse est-il résilient ?

par Corinne Dubois et Robert Weinert

La pandémie, la poussée infla­tion­niste, les guerres, les conflits commer­ciaux et la révolution de l’intelligence artifi­cielle ont marqué les années 2020 par une accumu­lation, et parfois même une super­po­sition, des facteurs d’incertitude. Pourtant, les prix des logements en propriété ont poursuivi leur inexo­rable progression. Cette remar­quable résilience soulève deux questions essen­tielles. Les prix actuels restent-ils écono­mi­quement justifiés ou le marché s’est-il détaché de ses fonda­mentaux ? Et sous quelles condi­tions une réelle correction des prix pourrait-elle survenir ?

Trois niveaux d’analyse : valeur fondamentale, scénarios et cantons

L’étude répond à ces questions à l’aide du modèle de la valeur fonda­mentale qui explique l’évolution des prix depuis 1985 à partir de six déter­mi­nants écono­miques, allant de la crois­sance démogra­phique aux taux hypothé­caires. Cette approche est complétée par cinq scénarios macroé­co­no­miques à l’horizon 2028 ainsi que par une analyse à l’échelle cantonale.

Des prix largement en ligne avec les fondamentaux

L’évolution des prix n’a pas dérapé. À fin 2025, les prix des maisons indivi­duelles ne dépassent leur valeur fonda­mentale que de 1,6 %, contre 8,2 % pour les appar­te­ments en PPE. Pour ces derniers, l’écart de valori­sation s’est certes creusé au cours des deux dernières décennies, mais il est resté prati­quement stable ces dix dernières années. Le risque de suréva­luation demeure ainsi faible à modéré.

Seul un scénario extrême entraînerait une baisse des prix

Dans quatre des cinq scénarios écono­miques analysés, les prix des logements en propriété conti­nuent de progresser jusqu’en 2028. C’est le cas même en période de récession modérée, où la pénurie de logements et le faible niveau des taux soutiennent la demande, ainsi qu’en situation de stagflation, où la propriété du logement offre une protection partielle contre l’inflation. Une baisse des prix ne serait attendue que dans un scénario extrême, combinant récession profonde, déflation et recul de la population. L’analyse par scénario confirme la remar­quable résilience dont le marché fait preuve depuis le début des années 2000.

Des différences cantonales, mais pas de surévaluation généralisée

L’analyse régionale révèle une situation plus contrastée, sans pour autant être préoc­cu­pante. Les écarts les plus marqués par rapport à la valeur fonda­mentale concernent les maisons indivi­duelles dans les cantons d’Appenzell Rhodes-Intérieures et des Grisons, ainsi que les appar­te­ments en PPE dans les cantons de Neuchâtel, des Grisons, de Fribourg et du Jura. Il est également frappant de constater que le niveau de risque peut varier fortement d’un segment à l’autre au sein d’un même canton. La démographie n’explique qu’en partie ces écarts cantonaux. Ce n’est qu’en intégrant des facteurs tels que l’attractivité fiscale, la part des résidences secon­daires ou les projets d’infrastructures de transport planifiés que les diffé­rences régio­nales deviennent compré­hen­sibles. Il n’est toutefois pas question d’une suréva­luation générale ou excessive : les écarts traduisent une vulné­ra­bilité accrue, mais pas forcément une correction imminente.

Conclusion : croissance et risque doivent être évalués conjointement

Le potentiel de crois­sance ne peut être analysé indépen­damment du risque de suréva­luation. Certains cantons associent des perspec­tives de fortes hausses des prix à un niveau de risque déjà élevé. Leurs marchés pourraient donc se révéler plus vulné­rables en cas de détério­ration du contexte écono­mique. D’autres présentent un profil plus équilibré, combinant des perspec­tives supérieures à la moyenne avec un risque limité. Dans un environ­nement incertain, une analyse nationale fondée sur un seul scénario ne suffit plus. La combi­naison de l’analyse des fonda­mentaux, des scénarios macroé­co­no­miques et des carac­té­ris­tiques struc­tu­relles des cantons permet d’établir une base de décision solide.

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