Anabelle Ayma et Quitterie Legrand, publication sur les traumatismes crâniens à Genève, Suisse; Publiée dans American Journal of Public Health

Une amitié, un projet de semestre et un article scientifique - EPFL

Une amitié, un projet de semestre et un article scientifique

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Anabelle Ayma (à gauche) et Quitterie Legrand. 2026 EPFL

Hector Garcia Morales - CC-BY-SA 4.0

Rares sont les étudiantes en master qui voient leurs travaux publiés dans une revue scientifique internationale. Pour Anabelle Ayma et Quitterie Legrand, cet exploit découle d’une amitié née à l’EPFL.

Les vacances d’été. Un groupe d’amis se retrouve en Ardèche, dans le sud de la France. Au cours d’une randonnée, Anabelle Ayma, étudiante en Master d’ingénierie environnementale à l’EPFL, trébuche sur une pierre et se cogne la tête. Elle ne perd pas connaissance, mais du sang coule sur son visage d’une entaille au-dessus du sourcil. Inquiets d’une éventuelle commotion cérébrale, ses amis la surveillent toute la nuit. Rétrospectivement, cet incident va prendre une importance inattendue le lendemain, lors d’un appel vidéo.

Lors de cette réunion, Stéphane Joost, chercheur au Laboratoire de géochimie biologique de l’EPFL, et Philippe Voruz, psychologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), lui proposent un projet de master sur… les traumatismes crâniens. «Je me cogne la tête et, le lendemain, quelqu’un me propose un projet sur les traumatismes crâniens. Je me suis dit que c’était le destin, et j’ai accepté le projet», se souvient Anabelle.

Le projet est suffisamment vaste pour être divisé en deux études complémentaires. Une personne vient immédiatement à l’esprit d’Anabelle: son amie Quitterie. «Nous avions déjà collaboré sur plusieurs projets, et à chaque fois, cela s’était très bien passé», raconte la jeune fille.

De l’ingénierie environnementale à la santé publique

Le projet allie ingénierie environnementale, analyse géospatiale et santé publique, une combinaison inhabituelle qui suscite l’intérêt des deux étudiantes pour les données spatiales. Pourtant, aucune ne s’attendait à étudier les traumatismes crâniens sous l’angle du génie environnemental. «Je ne savais pas que le génie environnemental pouvait s’appliquer à ce type de recherche», confie Anabelle.

L’étude qui a débouché sur la publication se divise en deux parties. Alors que le travail d’Anabelle porte sur la population générale à Genève, celui de Quitterie se concentre sur l’impact des traumatismes crâniens chez les personnes âgées. Elles connaissaient déjà leurs méthodes de travail respectives, et la combinaison des deux projets leur a semblé naturelle. «Plutôt que de dupliquer les efforts, nous avons divisé la méthodologie selon nos forces et nos priorités», détaille Quitterie.

Tout le monde nous a félicitées. Mais nous ne savions pas exactement pourquoi.

Un fait intéressant révèle que, chez les personnes actives, les week‑ends enregistrent la plus forte incidence en raison d’une augmentation des activités physiques, tandis que chez la population senior, le mardi constitue le jour où l’on recense le plus d’accidents. «Nous nous sommes demandé pourquoi les mardis étaient particuliers. En interrogeant des personnes âgées de mon entourage, elles m’ont expliqué qu’elles faisaient leurs courses le mardi, car il y a généralement des promotions», raconte Anabelle.

Au cours des mois suivants, les deux étudiantes passent d’innombrables heures à discuter de la méthodologie, à explorer différentes approches statistiques et à affiner leurs analyses. Ce qui avait commencé comme un projet semestriel est progressivement devenu une initiative plus ambitieuse.

Un moment clé survient lorsque Anabelle présente ces résultats devant une conférence internationale de neurochirurgiens organisée au sein du Service de neurochirurgie des HUG et réunissant des spécialistes du domaine médical. «Il y avait beaucoup de blouses blanches. Ce n’étaient pas des jeunes de notre âge; c’étaient vraiment des cheffes et chefs de service», raconte Anabelle. L’auditoire a manifesté un vif intérêt pour les résultats et s’est activement impliqué dans les échanges autour des conclusions de l’étude.

Encouragée par l’accueil de la communauté médicale, l’équipe soumet l’étude à l’ American Journal of Public Health , qui accepte finalement de la publier. «Tout le monde nous a félicitées. Mais nous ne savions pas exactement pourquoi», poursuit Anabelle. Elles commencent à réaliser que quelque chose d’important est en train de se produire lorsqu’elles se retrouvent à signer les documents relatifs à la paternité de l’œuvre, nécessaires à la publication. Un an après le lancement de leur projet, les deux étudiantes ont encore du mal à se considérer comme des chercheuses ayant publié un article.

Elles ignorent où cette publication les mènera professionnellement. Elles ne savent même pas si la recherche constitue leur voie naturelle. Mais ce qu’elles savent avec certitude, c’est que l’effort en valait la peine. Cette expérience leur a fait découvrir le monde de la recherche et a renforcé leur confiance en elle. Elle leur a montré aussi que le génie environnemental peut servir à l’étude de la santé publique, et pas seulement des rivières, des forêts et des infrastructures.

Au‑delà de la publication elle‑même, le projet leur laisse quelque chose d’également précieux : une amitié forgée au cours de discussions tardives, de défis partagés et d’une année de découverte. Ce qui a commencé comme une rencontre en classe s’est finalement transformé en une collaboration que ni l’une ni l’autre n’aurait imaginée.

Anabelle Ayma, Quitterie Legrand, Noé Fellay, Gabriel Kathari, Dulcinda Delannoy, Aria Nouri, Elena Beanato, Roberta Ronchi, Karl Schaller, Stéphane Joost, Giannina Rita Iannotti, and Philippe Voruz: Spatial Clustering and Multivariate Typologies During Life Span of Hospitalized Traumatic Brain Injury Cases: A Population-Based Study American Journal of Public Health 116, 1272-1275.

Auteur: Hector Garcia Morales ENAC

Les vacances d’été. Un groupe d’amis se retrouve en Ardèche, dans le sud de la France. Au cours d’une randonnée, Anabelle Ayma, étudiante en Master d’ingénierie environnementale à l’EPFL, trébuche sur une pierre et se cogne la tête. Elle ne perd pas connaissance, mais du sang coule sur son visage d’une entaille au-dessus du sourcil. Inquiets d’une éventuelle commotion cérébrale, ses amis la surveillent toute la nuit. Rétrospectivement, cet incident va prendre une importance inattendue le lendemain, lors d’un appel vidéo. Lors de cette réunion, Stéphane Joost, chercheur au Laboratoire de géochimie biologique de l’EPFL, et Philippe Voruz, psychologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), lui proposent un projet de master sur… les traumatismes crâniens. «Je me cogne la tête et, le lendemain, quelqu’un me propose un projet sur les traumatismes crâniens. Je me suis dit que c’était le destin, et j’ai accepté le projet», se souvient Anabelle. Le projet est suffisamment vaste pour être divisé en deux études complémentaires. Une personne vient immédiatement à l’esprit d’Anabelle: son amie Quitterie. «Nous avions déjà collaboré sur plusieurs projets, et à chaque fois, cela s’était très bien passé», raconte la jeune fille. De l’ingénierie environnementale à la santé publique Le projet allie ingénierie environnementale, analyse géospatiale et santé publique, une combinaison inhabituelle qui suscite l’intérêt des deux étudiantes pour les données spatiales. Pourtant, aucune ne s’attendait à étudier les traumatismes crâniens sous l’angle du génie environnemental. «Je ne savais pas que le génie environnemental pouvait s’appliquer à ce type de recherche», confie Anabelle. L’étude qui a débouché sur la publication se divise en deux parties. Alors que le travail d’Anabelle porte sur la population générale à Genève, celui de Quitterie se concentre sur l’impact des traumatismes crâniens chez les personnes âgées. Elles connaissaient déjà leurs méthodes de travail respectives, et la combinaison des deux projets leur a semblé naturelle. «Plutôt que de dupliquer les efforts, nous avons divisé la méthodologie selon nos forces et nos priorités», détaille Quitterie. Tout le monde nous a félicitées. Mais nous ne savions pas exactement pourquoi. Anabelle Ayma, étudiante en Master d’ingénierie environnementale Un fait intéressant révèle que, chez les personnes actives, les week‑ends enregistrent la plus forte incidence en raison d’une augmentation des activités physiques, tandis que chez la population senior, le mardi constitue le jour où l’on recense le plus d’accidents. «Nous nous sommes demandé pourquoi les mardis étaient particuliers. En interrogeant des personnes âgées de mon entourage, elles m’ont expliqué qu’elles faisaient leurs courses le mardi, car il y a généralement des promotions», raconte Anabelle. Au cours des mois suivants, les deux étudiantes passent d’innombrables heures à discuter de la méthodologie, à explorer différentes approches statistiques et à affiner leurs analyses. Ce qui avait commencé comme un projet semestriel est progressivement devenu une initiative plus ambitieuse. Vers une publication scientifique Un moment clé survient lorsque Anabelle présente ces résultats devant une conférence internationale de neurochirurgiens organisée au sein du Service de neurochirurgie des HUG et réunissant des spécialistes du domaine médical. «Il y avait beaucoup de blouses blanches. Ce n’étaient pas des jeunes de notre âge; c’étaient vraiment des cheffes et chefs de service», raconte Anabelle. L’auditoire a manifesté un vif intérêt pour les résultats et s’est activement impliqué dans les échanges autour des conclusions de l’étude. Encouragée par l’accueil de la communauté médicale, l’équipe soumet l’étude à l’ American Journal of Public Health , qui accepte finalement de la publier. «Tout le monde nous a félicitées. Mais nous ne savions pas exactement pourquoi», poursuit Anabelle. Elles commencent à réaliser que quelque chose d’important est en train de se produire lorsqu’elles se retrouvent à signer les documents relatifs à la paternité de l’œuvre, nécessaires à la publication. Un an après le lancement de leur projet, les deux étudiantes ont encore du mal à se considérer comme des chercheuses ayant publié un article. Préparer leur avenir Elles ignorent où cette publication les mènera professionnellement. Elles ne savent même pas si la recherche constitue leur voie naturelle. Mais ce qu’elles savent avec certitude, c’est que l’effort en valait la peine. Cette expérience leur a fait découvrir le monde de la recherche et a renforcé leur confiance en elle. Elle leur a montré aussi que le génie environnemental peut servir à l’étude de la santé publique, et pas seulement des rivières, des forêts et des infrastructures. Au‑delà de la publication elle‑même, le projet leur laisse quelque chose d’également précieux : une amitié forgée au cours de discussions tardives, de défis partagés et d’une année de découverte. Ce qui a commencé comme une rencontre en classe s’est finalement transformé en une collaboration que ni l’une ni l’autre n’aurait imaginée. Ce projet transdisciplinaire a impliqué plus de 1000 patientes et patients hospitalisés dans le Service de neurochirurgie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) entre 2012 et 2024 à la suite d’un traumatisme crânio-cérébral modéré à sévère. L’étude a réuni les expertises complémentaires de l’EPFL, par l’intermédiaire du laboratoire GEOME, et des HUG, au sein d’un consortium codirigé par Karl Schaller, chef du Service de neurochirurgie, et Giannina Rita Iannotti, coordinatrice du NeuroCentre des HUG. Ce projet a posé les bases d’un programme de recherche plus vaste et de longue durée, visant à dépasser la simple observation grâce au développement et à l’évaluation d’interventions préventives destinées à atténuer les effets mis en évidence par l’étude menée par Anabelle et Quitterie.