Sandrine Pelletier et Jean-Luc Verna présentent Rêver platine au Liban et au Caire; violences sociales et transformation de la matière

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RÊVER PLATINE SANDRINE PELLETIER JEAN-LUC VERNA Sandrine Pelletier, Rêver Platine, 2026 © Gaspard Gigon

Rêver platine est une double exposition de Jean-Luc Verna et Sandrine Pelletier. Ces deux artistes, bien qu’ils n’aient jamais travaillé ensemble, partagent une même indignation face à la violence du monde. Tous deux ont une manière propre de transformer la colère, la révolte et la fragilité en langage plastique. Mais, ni l’un ni l’autre ne choisit la dénonciation frontale. Leurs œuvres empruntent d’autres voies comme la poésie pour Sandrine et les textes de chansons new wave pour Jean-Luc, la métamorphose, la beauté et la laideur. Chez Jean-Luc Verna comme chez Sandrine Pelletier, les matériaux portent les marques du temps et de l’épreuve. Le papier jauni et les couleurs mortes des dessins de Verna, les surfaces brûlées, frappées ou altérées de Pel- letier donnent à voir des matières vulnérables, traver- sées par l’usure, la blessure et la mort. Les oiseaux, les étoiles ou les figures dessinées par Verna, sous leur apparente douceur n’en demeurent pas moins dérangeants, ils interrogent le regard porté sur les corps, les normes de genre, les mécanismes d’exclu- sion ou la montée des idéologies extrêmes. Les sculp- tures et installations de Pelletier inscrivent dans la ma- tière les traces des violences sociales et politiques. Sans illustrer directement les crises de notre époque, leurs œuvres en révèlent les symptômes. Ce sont les vi- cissitudes de la vie qui constituent le ferment de leurs pratiques artistiques. SANDRINE PELLETIER Il y a des jours où on s’en branle de la poésie, 2025, pierre indienne gravée, © Pierre Vogel

Sandrine Pelletier brûle, brise, éprouve la matière. Elle confronte le bois, le métal et le verre, au feu, à l’acide, à l’accident. Pourtant, elle ne détruit pas, elle altère, ra- joute par des procédés brutaux de la délicatesse aux matériaux. Ses œuvres présentent des paysages après le choc et des mots acérés sur nos réalités contempo- raines. Artiste lausannoise, Sandrine Pelletier a vécu au Liban et au Caire. Depuis 2012, ses expériences dans ces ter- ritoires traversés par les bouleversements, les destruc- tions et les renouveaux ont profondément marqué son travail. Elle façonne une œuvre attentive aux vestiges qui persistent malgré la ruine. Alors, si plus sombre est la nuit, plus nécessaire est la trace. Et même lorsque la matière se consume et se noircit, les roses et la lumière demeurent dans l’œuvre de Sandrine Pelletier. Née en 1976, Sandrine Pelletier vit et travaille entre Le Caire et Lausanne.

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Quelques œuvres de l’exposition

Brèches (détail), 2026, acier et grisaille sur verre de cathédrale, © Pierre Vogel Série PREDATOR, de gauche à droite Fog, Si- lence continues, Thermo Vision, 2026, patine et laque de carrosserie sur plaque d’argent © Pierre Vogel

Black Sun, 2025, acide et patine sur laiton et laque de carrosserie, © Pierre Vogel

Avec Brèches, Sandrine Pelletier reprend la forme du hérisson tchèque, obstacle militaire conçu pour ralen- tir l’avancée des chars pendant la Seconde Guerre mon- diale. Toujours présent dans certaines zones de conflit au Liban, il est ici associé à la délicatesse du verre souf- flé. Les éléments en verre sont ornés de motifs inspirés des herbiers exotiques peints à la grisaille, reprodui- sant les vitraux détruit du Palais Sursock, gravement endommagé lors de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Brèches évoque autant les fractures laissées par la guerre que les ouvertures d’où peuvent surgir le re- nouveau, à l’image de la nature qui reprend possession des lieux meurtris. Sandrine Pelletier s’inspire du film de science-fiction PREDATOR, sorti en 1987. L’action se déroule dans une jungle tropicale d’Amérique centrale, où un commando d’élite, envoyé pour une mission militaire, se retrouve traqué par une créature extraterrestre capable de se rendre invisible. La forêt devient alors le théâtre d’une chasse inversée, où les humains deviennent les proies. Ici Pelletier, reprend des répliques du film et les trans- pose sur des paysages menaçants. Avec Black Sun, Sandrine Pelletier revisite l’iconogra- phie du disque solaire de l’Égypte ancienne, symbole universel de transformation et de renaissance. Réalisés en laiton, ces soleils révèlent les propriétés chan- geantes de la matière à travers un procédé d’alchimie. L’artiste s’intéresse également à Kemet, « la terre noire », ancien nom donné à l’Égypte en référence au limon fertile déposé par la crue du Nil. Associée à l’idée de ré- génération et de transformation, cette notion entre en résonance avec sa pratique, où la matière se métamor- phose pour évoquer les cycles de disparition et de re- naissance. Sandrine Pelletier détourne un symbole de la féminité en une créature hybride. Fondue en bronze, la chaussure à talon perd toute légèreté et devient un objet ambigu, où les formes se confondent : le bout du soulier évoque à la fois l’arrière-train d’un chat et une anatomie mascu- line, tandis que la queue de l’animal se transforme en crochet de boucher. Entre attraction et répulsion, hu- mour et inquiétude, l’œuvre brouille les codes du genre et interroge les représentations du corps ainsi que les stéréotypes associés à la féminité. Feline Instinct, 2026, bronze et patine, © Pierre Vogel

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BIOGRAPHIE Portrait de Sandrine Pelletier, 2026 © Pierre Vogel Expositions – Solo Show Née à Lausanne en 1976, Sandrine Pelletier se forme d’abord aux Arts Appliqués de Vevey, dont elle est diplô- mée en 1999, avant de poursuivre ses études à l’ECAL, où elle obtient son diplôme en 2002. Dès l’année suivante, son travail photographique Wild Boys, une série de por- traits, est présenté au Centre Georges Pompidou à Pa- ris. À partir de 2009-2010, sa pratique connaît une évolu- tion. Après avoir longtemps travaillé la broderie, l’ar- tiste élargit son champ d’expérimentation à de nou- veaux matériaux et techniques. Elle explore leurs possibilités tout en les confrontant à leurs limites, dans une démarche où la transformation et la mise à l’épreuve de la matière occupent une place centrale. Cette ap- proche trouve notamment une expression spectaculaire dans 9.5 sur l’échelle de Luther, installation monumen- tale réalisée en 2017 dans l’église Saint-François de Lausanne. Son séjour au Caire en 2012 constitue également une étape importante dans son parcours. Installée dans la capitale égyptienne peu après les soulèvements du Printemps arabe, elle y développe une relation particu- lière avec les contextes politiques et culturels du Moyen-Orient, qui nourriront durablement son imagi- naire et sa pratique. En 2019, deux résidences viennent prolonger cette ou- verture vers la région : celle de la Fondation Boghossian à Bruxelles, puis celle du BAR à Beyrouth. Ces expé- riences renforcent ses liens avec le Proche et le Moyen- Orient, devenus des territoires importants dans son parcours artistique. 2024 Intrure, Aventicum museum, Avenches 2024 Erode, Art Genève 2023 Ô Saisons! MAHN Neuchâtel 2022 Spicilèges, Rosa Turetsky gallery, Geneva 2020 Ferme Asile, Sion, Switzerland 2018 Psyché au Cyclop, Milly-la-Forêt, France. Curator: François Taillade 2017 Der Einzige Ort, Salle Poma, Pasquart, Biel 2017 Foreign Accent, Castle of Gruyères, Gruyères 2017 9.5 on Luther squale, church of Saint-François, Lausanne 2015 Opéra de Lausanne, Salon Alice Bailly, Lausanne 2015 Only The Ocean is Pacific, Musée des beaux-arts du Locle 2014 La Horde, Palexpo - art genève 2014 Masculine Moon, Rosa Turetsky gallery, Geneva 2009 Time To Clown Around, Taché-Levy gallery, Brus- sels 2009 GoodBye, Pieceunic galerie, Geneva 2009 Pays Extérieurs, Super Window Project, Kyoto 2008 Insekts, Fette’s gallery, Los Angeles 2006 Défi Fantastique, Centre culturel français de Mi- lan 2006 Angoraphobia, Taché-Levy gallery, Brussels 2005 Damoisie, Frank Elbaz gallery, Paris

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JEAN-LUC VERNA

Déposition 2, 2024, miroir lumineux, photos et dessins vernis, laque, cheveux synthétiques, marches en bois et robe de scène créée par Jean-Luc Verna, avec le soutien de la Fondation des Artistes, Galerie Ceysson & Bene- tière, Paris, © C.Cauvet Jean-Luc Verna est de ces artistes pour qui l’art et la vie ne font qu’un. Son quotidien est une performance, son corps une sculpture, un champ de bataille, l’air qu’il dé- place est chargé de tonalités new wave et de glamour sulfureux. Son œuvre pourtant dépasse sa personne : les dessins prolifèrent, paysages musicaux, oiseaux d’au- gure féroce, portraits abimés d’humanité, des installa- tions évoquent un univers de music-hall. Et si les cieux de Verna sont constellés de strass, l’étoile qui depuis trois décennies préside à son destin est noire ou métal- lique. Verna est aussi un artiste engagé en faveur des communautés oubliées ou opprimées, en particulier celle des personnes LGBTQIA+. Son travail d’apparence grave est conscient des tragédies qui s’enchaînent. C’est un travail de mémoire, mais qui refuse la gravité, et qui, comme un poète, se tenant pour battu chante la victoire en tombant. Jean-Luc Verna est né en 1966. Il vit et travaille à Paris. Quelques œuvres de l’exposition Past Knight, en souvenir de Half Past Knight de Bruno Pélassy, 2016, velour javellisé rebrodé de perles, sequins et strass, Galerie Ceysson & Bene- tière, Paris, © C.Cauvet Fée Male, 2016, fonte de bronze et argenture (baguette magique), collection de l’artiste Past Knight est un hommage à Bruno Pélassy (1966- 2002), artiste, dessinateur, sculpteur et couturier dis- paru à 36 ans des suites du SIDA. Jean-Luc Verna con- voque ici son souvenir à travers le velours et les perles, matériaux chers à Pélassy. Faisant écho à une œuvre conçue ensemble, ce rideau de scène évoque autant le théâtre que le voile du souvenir. Entre apparition et disparition, il laisse affleurer une mémoire, comme si la scène continuait d’accueillir l’ombre de l’ami disparu. Motif récurrent dans l’œuvre de Jean-Luc Verna, la ba- guette magique apparaît comme l’attribut des chimères et des figures fantastiques qu’il développe dans ses dessins. Ici, elle se transforme en poing américain, as- sociant la promesse de la magie à la nécessité de se dé- fendre. L’artiste explique que le mot « fairy » (fée), sou- vent utilisé comme insulte envers les homosexuels est ici réapproprié et revendiqué. La baguette magique de- vient une arme poétique et une déclaration politique.

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Vase misère #2, 2013, grès, émail, bronze, pein- ture, Galerie Ceysson & Benetière, Paris, © C.Cauvet

En 2013, Jean-Luc Verna débute une pratique de la cé- ramique à la HEAD à Genève. Les Vases misère prennent la forme d’autoportraits sculptés aux allures de gar- gouilles. Deux mains étirent leurs traits et leur impo- sent un sourire, comme pour résister à l’usure du temps, à la vieillesse et à la misère. Rehaussé de rouge à lèvres, ce rictus évoque parfois celui du Joker. Couronnés de bouquets de fleurs ou de corbeaux empaillés, ces vi- sages convoquent le message de la vanité, rappelant notre inévitable finitude. BIOGRAPHIE

Portrait de Jean-Luc Verna, 2023 © Erwan Smis Jean-Luc Verna est né en 1966 à Nice. Artiste plasti- cien, dessinateur, performeur et enseignant, il déve- loppe depuis les années 1990 une œuvre singulière dans laquelle le dessin occupe une place centrale. Formé à la Villa Arson à Nice, il construit une pratique nourrie aussi bien par l’histoire de l’art que par la culture punk et post-punk. Parallèlement au dessin, Jean-Luc Verna développe une pratique performative et musicale. Son intérêt pour la scène, la danse et les cultures underground traverse l’ensemble de son œuvre et nourrit une réflexion sur les normes liées au corps, à