UNIGE étudie biais réels d’estimation des gestes climatiques aux États-Unis; gestes mineurs souvent surestimés et grandes réductions sous-estimées
Climat: les bons gestes ne sont pas toujours ceux que l’on croit - - UNIGE
3 septembre 2026 - Vincent Monnet
Climat: les bons gestes ne sont pas toujours ceux que l’on croit
Est-il préférable en termes de protection du climat de recycler ses déchets et d’éteindre la lumière ou de renoncer à un voyage en avion? Une étude a identifié les principaux mécanismes psychologiques à l’origine de ces biais.
Si le fait de trier ses déchets reste utile et louable en soi, il fait partie des gestes dont l’impact est généralement surestimé par la population. Image: DR
Pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique, il faut certes s’armer de bonne volonté, être prêt-e à modifier certaines de ses habitudes et faire preuve d’une certaine dose de motivation. Mais ce qui importe peut-être le plus, c’est de posséder un minimum de connaissances en matière de compétence carbone, soit la capacité à évaluer correctement l’impact de telle ou telle action individuelle sur les émissions de gaz à effet de serre. Or à ce petit jeu-là, il semblerait que le commun des mortel-les soit plus proche du bonnet d’âne que des palmes académiques. C’est du moins ce que laissent penser les résultats d’une étude publiée le 3 août dans Nature Sustainability dont il ressort une forte tendance à surestimer l’impact positif de certaines actions sur le climat, alors qu’à l’inverse les gestes les plus significatifs sont peu valorisés. Explications avec Mario Herberz , postdoctorant au Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable (FPSE) et premier auteur de l’étude.
«À notre connaissance, c’est la première étude à examiner un éventail aussi large d’actions avec un tel niveau de détail, explique le chercheur. Nous avons en effet retenu 32 actions individuelles pertinentes pour un habitant du Nord global, allant des gestes à faible impact à ceux ayant un effet beaucoup plus important, qui sont organisées en trois secteurs: le ménage, l’alimentation et les transports. Nous avons ensuite analysé la manière dont les participants estimaient l’impact bénéfique de ces actions lorsqu’elles sont adoptées par une personne lambda.»
Les résultats obtenus auprès d’un échantillon représentatif de 3000 participantes et participants ont, dans un second temps, été comparés avec les données objectives sur le poids réel de ces actions en termes d’émissions de CO 2 . Pour ce faire, Mario Herberz et ses collègues ont pu s’appuyer sur une vaste étude menée en 2020 dont les auteur-es ont compilé l’ensemble des travaux existants sur l’analyse des cycles de vie de différents biens de consommation (du processus de production au recyclage). La plupart de ces valeurs ayant été recueillies aux États-Unis, c’est également sur ce pays que l’équipe de l’UNIGE a jeté son dévolu pour cette étude, moyennant une série de questionnaires en ligne.
Il ressort de ce travail que l’impact de petites actions – recyclage, utilisation de matériaux recyclés, achat d’appareils électroménagers plus efficaces, amélioration de l’isolement thermique du logement, télétravail – est surestimé par les participant-es. A contrario, les mesures plus déterminantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre – renoncer à l’avion, vivre sans voiture ou opter pour un véhicule électrique, recourir à de l’énergie renouvelable – sont sous-estimées.
De manière un peu contre-intuitive, les scientifiques ont par ailleurs relevé un plus grand optimisme chez les personnes qui sont davantage sensibilisées à la cause environnementale, tandis que les personnes plus à l’aise avec les chiffres avaient une image plus réaliste des diverses actions.
«Dans les faits, précise le chercheur, c’est un énorme challenge d’estimer ces actions car les émissions de CO 2 sont invisibles et nous ne disposons pas d’une véritable unité de mesure, les tonnes de CO 2 , qui sont parfois utilisées dans des comparaisons, restant en effet une notion peu comprise par le grand public.»
Regrettable en soi, ce piètre tableau ne doit cependant pas grand-chose au hasard. Selon Mario Herberz, il résulte de deux biais psychologiques: l’«heuristique de disponibilité», un raccourci mental qui consiste à juger une action plus efficace lorsqu’elle nous vient facilement à l’esprit, et le «raisonnement motivé», qui vise à préserver une image positive de soi. «Dans le premier cas, plus une action est présente dans les médias ou abordée à l’école, plus elle nous vient facilement et plus nous avons tendance à la juger efficace, explique le psychologue. Le raisonnement motivé pousse les individus à croire que les actions qu’ils pratiquent déjà sont plus efficaces, car cette perception renforce l’image positive qu’ils ont d’eux-mêmes.»
Dans une seconde expérience visant à combattre ces biais, l’équipe de recherche a testé plusieurs interventions auprès des participant-es censées améliorer la précision de leurs estimations. À un premier groupe, elle a exposé une série d’actions ayant un fort impact sur les émissions de gaz à effet de serre et donc sur le climat. À un deuxième, elle a expliqué que plus une action demande d’efforts, de temps ou de ressources financières, plus son impact est susceptible d’être important (coût comportemental). Et au troisième, elle a enseigné le fait que plus une action est rare au sein de la population, plus son potentiel de réduction des émissions est généralement élevé (prévalence sociale).
«Les résultats montrent que l’efficacité de ces interventions varie fortement d’une personne à l’autre, notamment selon leur capacité à utiliser le coût comportemental comme indicateur de l’impact réel d’une action, révèle Mario Herberz. Le défi consiste donc à adapter les campagnes de sensibilisation aux différents profils de la population – qui restent à définir – afin de mieux corriger ces biais et d’encourager l’adoption de comportements et le soutien aux politiques les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.»
Publié le 3 septembre 2026 Genève, quelle ambition pour sa nuit?
Publié le 3 septembre 2026
Genève, quelle ambition pour sa nuit?
Publié le 3 septembre 2026 Climat: les bons gestes ne sont pas toujours ceux que l’on croit
Publié le 27 août 2026 SwissMAP et la physique du futur
Publié le 27 août 2026
SwissMAP et la physique du futur
Publié le 27 août 2026 Des modules végétalisés pour rester mobile lors des fortes chaleurs
Des modules végétalisés pour rester mobile lors des fortes chaleurs
Événements - L’intuition, moteur caché des mathématiques
Recherche - La compréhension du vivant a besoin de la physique
Vie de l’UNIGE - «Vérifiez avant de collaborer»: le risque méconnu du contrôle à l’exportation
Recherche - Climat: les bons gestes ne sont pas toujours ceux que l’on croit
Vie de l’UNIGE - Des gestes verts pour vivre mieux
Julie Michaud, nouvelle directrice du Service de communication
Le tour du monde «made in Switzerland»
Camilla Bellone nommée «Cavaliere» de l’Ordre du mérite de la République italienne
- L’intuition, moteur caché des mathématiques
L’intuition, moteur caché des mathématiques
- La compréhension du vivant a besoin de la physique
La compréhension du vivant a besoin de la physique
«Vérifiez avant de collaborer»: le risque méconnu du contrôle à l’exportation
Des gestes verts pour vivre mieux