Baron de Saint-Fursy tente secrètement de séduire Mariette au château d’Alençon; identité révélée: Mariette est Cécile Aubry
Examens cantonaux d’admission dans les filières de maturités du secondaire 2 pour élèves issus d’écoles privées ou scolarisés à domicile - Session 2026 - Français
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Nom et prénom : Date de naissance :
Consignes spécifiques Partie 1 : Lisez attentivement l’extrait textuel qui vous est proposé, puis répondez aux questions. Partie 2 : Rédigez un texte argumentatif en respectant les points énumérés en page 12.
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Le séducteur d’Alençon
Partie 1 : Compréhension de l’écrit – Texte
Le baron de Saint-Fursy, surnommé le Coq de bruyère, est resté un grand séducteur. Avec son épouse Mathilde, ils vivent dans un château à Alençon. Récemment, Eugénie, leur bonne, a dû s’absenter pour venir en aide à sa sœur qui a une nouvelle fois accouché. C’est donc sa cousine Mariette, une jeune paysanne de 25 ans, qui est venue la remplacer momentanément. Le baron souhaite profiter de cette opportunité et met tout en place pour la séduire…
Les semaines qui suivirent, le baron exploita adroitement ce premier et facile 1 succès que le hasard lui avait offert. La tâche lui était d’autant plus aisée que 2 Mariette, traitée avec une espèce d’horreur sacrée par la baronne, constamment 3 menacée d’un retour d’Eugénie, n’avait que lui comme refuge. Sans doute la 4 baronne eût-elle été mieux inspirée en ne rejetant pas totalement la jeune fille du 5 côté de son mari, et peut-être s’en rendait-elle compte. Mais ses sentiments l’égard 6 de « cette petite traînée » parlaient trop fort pour qu’elle pût songer à faire preuve 7 d’un peu de psychologie. 8 Le Coq de bruyère en revanche gardait assez de sang-froid pour ménager au 9 moins les apparences. Évidemment Mariette mettait souvent beaucoup plus de 10 temps qu’il n’en aurait fallu pour faire les courses, et comme par hasard le baron 11 s’absentait toujours en même temps qu’elle. Mais ses avances demeuraient 12 cependant discrètes, quand elles n’éclataient pas aux yeux de sa femme comme 13 des bombes à retardement. C’est ainsi qu’il avait mené la jeune campagnarde chez 14 Roger, le seul coiffeur esthéticien de la région, avec un modèle, la photo de la 15 célèbre comédienne Cécile Aubry. La baronne fut suffoquée quand elle vit 16 débarquer chez elle cette créature de rêve, manucurée, maquillée, coiffée et 17 laquée, et elle comprit immédiatement qui avait été le deus ex machina de cette 18 métamorphose. 19 Elle résolut pourtant un jour de rassembler assez de sagesse et de patience pour 20 avoir un entretien sérieux et affectueux avec son mari. Le meilleur moment, ce serait 21 après le dîner, lorsque Mariette après un bref « Bonsoir M’sieur Dame » se serait 22 éclipsée. Elle attendit donc que la porte se fût refermée au premier étage, et ouvrit 23 la bouche pour attaquer le baron qui lisait son journal assis en face d’elle, ses 24 maigres cuisses nerveusement croisées. C’est alors qu’une musique de jazz 25 endiablée jaillit de la chambre de Mariette et envahit toute la maison. 26
Qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama la baronne. 27
Du jazz Nouvelle-Orléans, répondit le baron sans lever les yeux de son journal. 28 Plaît-il ? 29
New Orleans, si vous préférez, prononça-t-il avec le meilleur accent d’Oxford. 30
C’est encore une de vos inventions ? 31
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Croyez-vous que cette petite ait besoin de moi pour se procurer un 32 électrophone et des disques ? C’est plus de son âge que du mien. 33
Oui, je le crois ! éclata-t-elle. De vous ou de votre argent. Ah non vraiment, je 34 n’en peux plus, je n’en peux plus, répétait-elle en quittant la pièce, un mouchoir 35 pressé sur ses lèvres. 36 Le baron laissa un moment s’écouler en mordillant sa moustache. Puis il se leva à 37 son tour et fit un pas en direction de la chambre de sa femme. Il lui devait bien cela. 38 C’était son épouse. Le prêtre qui les avait mariés la lui avait confiée pour la vie. Il 39 s’arrêta cependant et fit deux pas du côté où venait la musique. Mariette Cécile 40 Aubry, confondues dans une même personne. Il revint à son fauteuil. Se rassit. 41 Ramassa son journal. La musique redoubla d’entrain. Ce magnétophone, ces 42 disques qu’ils avaient choisis ensemble. Vraiment cette musique était-elle faite pour 43 être écoutée seule dans une chambre de célibataire ? Il jeta son journal. Se leva. 44 Puis d’un pas rageur, il décrocha son chapeau, lança sa cape de loden sur ses 45 épaules et sortit en faisant lourdement retomber le portail pour que nul n’en ignore. 46 Pourquoi le Coq de bruyère avait-il finalement choisi la fuite ? Certes, il avait 47 mieux que des principes, le sens aigu de l’élégant et de l’inélégant, et tromper la 48 baronne sous son propre toit, presque en sa présence, cela cadrait mal avec 49 l’honneur qui constituait la moitié de la devise du 1er chasseurs, Honneur et Patrie. Et 50 cependant il l’avait déjà fait, oui, il lui était arrivé de pousser les amours ancillaires1 51 jusque sous les combles de sa propre maison. Donc il y avait autre chose encore, et 52 c’était le sentiment tout nouveau pour lui qu’il s’agissait avec Mariette d’une 53 aventurette plus grave que les autres, le pressentiment assez pathétique d’une 54 conclusion, d’un final, d’une sorte de révérence qu’il ne fallait rater à aucun prix. Il 55 convenait donc de ne rien précipiter, d’avoir le courage, l’application, le tact 56 qu’exigeait la sortie en beauté d’un homme qui avait été toute sa vie un grand 57 séduit beaucoup plus qu’un vulgaire séducteur. 58 La baronne au contraire était décidée à agir avec toute l’assurance que lui 59 donnait la conscience de son droit coïncidant avec le bien de tous. Car elle s’était 60 formé au sujet de Mariette une théorie selon laquelle cette innocente et un peu 61 sotte campagnarde était en train de se laisser gravement et rapidement pervertir 62 par les séductions empoisonnées de la ville. Elle n’en voulait pour preuve que les 63 métamorphoses de la jeune fille qui avait évolué en peu de jours dans le sens du 64 plus mauvais genre. 65 Pourtant Mariette restait toujours parfaitement soumise et respectueuse à l’égard 66 de la baronne, et elle ne fit aucune objection quand celle-ci lui apprit sa décision 67 de la renvoyer à Pré-en-Pail sans attendre le retour d’Eugénie. 68
Mais vous savez, Mariette, ajouta-t-elle adoucie par une victoire aussi 69 complète, je vous reste très reconnaissante d’être venue à mon secours pendant 70 qu’Eugénie aidait votre maman. Seulement voyez-vous, je crois que le climat de la 71
1 Relations amoureuses entre une servante et son employeur.
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ville ne vous vaut rien. Chacun à sa place, n’est-ce pas ? Quand on est né à la 72 campagne, il est préférable d’y rester. 73
Pour sûr, balbutia Mariette en se dandinant. 74
Qu’est-ce que vous comptez faire à Pré-en-Pail ? demanda encore la 75 baronne avec indifférence. 76
Ben dame ! Traire les vaches, butter les haricots, arracher les pommes de terre, 77 puisque je suis une paysanne. 78 Le baron qui venait d’entrer jugea que les deux femmes allaient tout de même 79 un peu loin, chacune dans sa partie. 80
J’espère, Mariette, ajouta-t-il sur un ton de légèreté mondaine, que vous savez 81 aussi mener la charrue et abattre les arbres ? 82
Guillaume, vous n’êtes pas drôle, trancha la baronne. 83 Mais avant de la quitter, elle offrit à Mariette un hochet pour son petit frère et une 84 croix de Marie avec une chaînette pour elle-même. Elle tint à la conduire en 85 personne à la gare et à la voir monter dans son wagon, cependant que le baron 86 avait sorti sa vieille Panhard2 pour aller voir un cheval aux haras de Carrouges. 87 Au premier arrêt du train, en gare de Saint-Denis-sur-Sarthon, Mariette descendit 88 avec sa valise. La vieille Panhard du baron était stationnée devant la sortie. Il y eut 89 des rires et des embrassades. Puis on reprit la route d’Alençon. Le baron installa sa 90 petite amie dans une coquette garçonnière qu’il venait de louer boulevard du 91 1er-Chasseurs. 92
Suivirent trois jours d’euphorie, fragile et légère passerelle jetée sur des abîmes de 93 malentendus. Car tandis que la baronne ne cessait de se féliciter d’avoir si bien 94 réussi à expédier Mariette, le baron planait dans la joie de l’avoir fait revenir. À la 95 longue, pourtant, l’air de bonheur dont il rayonnait finit par intriguer la baronne. Il 96 avait beau fixer son esprit sur des idées noires pour assombrir son visage, inventer 97 des succès hippiques pour justifier les jaillissements de bonne humeur qui lui 98 échappaient malgré lui, la baronne se mit en quête du pot aux roses. Le retour 99 d’Eugénie acheva de la convaincre que l’affaire Mariette n’était pas aussi terminée 100 qu’elle l’avait cru, car Eugénie ouvrit des yeux ronds en entendant parler du retour 101 de sa nièce à Pré-en-Pail. Non, la jeune fille n’avait pas reparu depuis dix jours au 102 village. Où était-elle donc ? Les airs guillerets du baron répondaient à la question. 103 Au demeurant, un personnage aussi connu que le baron de Saint-Fursy n’aurait pu 104 dissimuler longtemps sa seconde vie à la petite société alençonnaise. Le bruit se 105 répandit lentement mais sûrement qu’il entretenait une jeunesse dans un coquet 106 nid d’amour. On l’aimait bien. Il était en tout cas plus populaire que la baronne, 107 jugée fière et intéressée. Il eut droit à une indulgence sympathique et amusée. La 108 baronne se sentit bientôt en revanche entourée d’un cercle de bien-pensants dont 109 les mines scandalisées et les propos apitoyés la blessaient cruellement. Le baron 110
2 Marque d’une ancienne voiture.
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n’en était pas à sa première incartade. Mais c’était la première fois qu’il s’installait 111 ouvertement dans l’adultère. 112 Bien entendu, la baronne s’ouvrit de ses malheurs à son directeur de conscience. 113 À nouveau l’abbé Doucet lui conseilla la résignation. Il fallait tenir compte de l’âge 114 du baron. Il arrivait au stade où les passions sont d’autant plus impérieuses qu’il leur 115 reste peu de temps pour s’épanouir. Cette flambée était plus vive que les autres 116 parce que ce serait sans doute la dernière. Le fait même que le coupable perdit 117 pour la première fois toute mesure prouvait bien qu’il subissait l’ultime assaut du 118 Diable. Très vite viendrait le temps de la calme et sereine lumière du grand âge. 119
Fermez les yeux, répétait l’abbé comme une litanie. Fermez les yeux. Quand 120 vous les rouvrirez, l’orage sera passé ! 121 Fermer les yeux ? Le conseil révoltait la conscience et l’orgueil de la baronne qui 122 y voyait à la fois une complaisance et une humiliation. Et comment supporter 123 l’hypocrisie lénifiante qui se coagulait autour d’elle chaque fois qu’elle se mêlait à la 124 bourgeoisie alençonnaise ? Elle songea un moment à partir. Elle possédait une 125 vieille villa marine à Donville. Pourquoi n’irait-elle pas y passer la belle saison en 126 laissant sa demeure alençonnaise à la garde d’Eugénie ? Mais dans cette solution 127 aussi, elle trouvait de la démission, de la déroute, un abandon de poste. Non, elle 128 resterait, et en dépit des exhortations de l’abbé, elle garderait les yeux grands 129 ouverts sur la vérité, aussi cruelle fût-elle. 130